Crédit Mutuel : Arkéa prêt à ne plus demander sa désaffiliation du groupe, sous réserve d’une autonomie stratégique garantie

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Dans une interview accordée au quotidien Les Echos, Julien Carmona, président de Crédit Mutuel Arkéa, se dit prêt à mettre de côté son projet de désaffiliation du groupe. Mais il demande en échange de fortes garanties sur son autonomie.
Crédit Mutuel : ton univers impitoyable

Véritable soap, tel Dallas, les rebondissements des déchirements au sein du Groupe Crédit Mutuel n’en finisse plus de lasser les observateurs. Julien Carmona propose donc de lâcher son projet de désaffiliation du groupe central Crédit Mutuel. Mais le conflit avec l’organe central du groupe va-t-il prendre fin ?

Julien Carmona : "Nous présentons un scénario d’« autonomie stratégique garantie ». Nous le faisons portés par une force politique interne qui est significative. On a réuni non seulement le conseil d’administration de Crédit Mutuel Arkéa, mais aussi ceux des fédérations de Bretagne et du Sud-Ouest, avec dans les trois cas un vote à l’unanimité. L’ensemble du corps social est sur cette ligne, ce qui intègre les représentants des salariés. Dès lors que nous serions dans une vraie discussion et sur quelque chose qui nous apporte la réalité de cette autonomie, on est prêt à aller sans regret vers ce projet-là et avec beaucoup d’ardeur. Quant à la fin du conflit , cela dépend aussi de ce que l’on voit de l’autre côté."
Une absence de dialogue qui en dit long...

Il n’y a pas eu de contact avec la Confédération pendant l’été. Si nous reprenons la main, c’est plutôt à la suite d’une occasion manquée. Le dialogue a tourné court début juillet, la Confédération ayant présenté une position totalement unilatérale, que nos administrateurs ont rejetée à l’unanimité. On aurait pu avoir deux attitudes, qu’on a choisi de ne pas avoir. La première aurait été de dire que l’on ferme le sujet et que l’on revient tout de suite à l’indépendance. Cela n’aurait pas été responsable, il faut vraiment donner sa chance à une voie de dialogue qui permette de garantir notre autonomie, au sein de la famille Crédit Mutuel, même si cela prend un peu de temps. La deuxième attitude aurait été de réclamer absolument un accord de méthode, c’est-à-dire une discussion ordonnée et sérieuse. On en a besoin pour sortir de dix ans de conflit. Mais nous ne nous en tenons pas là, nous avons voulu faire aussi des propositions sur le fond.
Êtes-vous prêt à abandonner votre projet d’indépendance ?

A ce stade, cela n’aurait pas de toute façon pas de sens de l’abandonner avant d’avoir obtenu un accord. En revanche, si des discussions s’ouvraient, le projet passerait un peu en deuxième rang, et nous privilégierons l’obtention d’un accord rapide sur l’autonomie garantie. Cela peut être rapide car nos propositions n’impliquent ni changement législatif, ni changement réglementaire. Il ne s’agit que de modifier les statuts de la Confédération et un certain nombre de décisions qu’elle prend. C’est la voie la plus simple.
La résolution du conflit peut-elle être rapide ?

"On ne met ni de date butoir ni d’ultimatum. On précise nos têtes de chapitre et nos conditions, mais ce sont des conditions ouvertes à discussion. Nous ne sommes pas en train de dire qu’en l’absence de réponse à telle date on sortirait et on reviendrait dans le conflit, bien qu’on se soit fait un peu claquer la porte au nez. Si tout avance, avec bonne volonté, il est possible d’en finir avant la fin 2022."

En quoi consiste cette autonomie stratégique ? "Nous souhaitons que soit explicité qu’à la différence des organes centraux de BPCE ou de Crédit Agricole, la Confédération n’oriente pas la stratégie et la politique commerciale du groupe qui, chez Arkéa, fonctionne puisque les résultats financiers sont à leurs plus hauts historiques . Tous les problèmes viennent de ce qu’on essaye de lui donner un rôle qui n’est pas le sien. Nous pourrions cependant travailler ensemble à des projets stratégiques communs, par exemple pour définir une politique « climat » à l’échelle du groupe."
Concurrence en interne

"Cela découle logiquement de la reconnaissance de l’autonomie. Si l’on est autonome, il y a concurrence. L’exception, ce sont les agences bancaires de détail. Mais dans les autres métiers, cette concurrence existe. Arkéa Banque Entreprises et Institutionnels (ABEI) opère déjà à l’échelle nationale, face au CIC. De même, Suravenir (assurance) ou Fortuneo (banque en ligne) concurrencent déjà respectivement les Assurances du Crédit Mutuel (ACM) ou bien Monabanq. Si l’on ne reconnaît pas cette situation, c’est la thèse inverse à la mienne qui prévaut : on appartient à un groupe uni, et dans ce cas il faut une seule stratégie, et un seul centre de décision. Et dans ce cas, je peux vous dire que je ne sais pas où il est, à Paris ou à Strasbourg, mais en tout cas pas chez nous."

Interview à retrouver dans on intégralité dans le journal Les Echos

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